Risque aggravé

Alcoolémie au volant : quelles conséquences sur votre assurance auto

Une conduite sous l'emprise de l'alcool entraîne des sanctions pénales, mais aussi des conséquences assurantielles souvent ignorées : déchéance de garantie, résiliation et fichage. Le point complet.

La conduite sous l'emprise de l'alcool est la première cause de mortalité routière en France. Les sanctions pénales sont connues. Les conséquences sur l'assurance le sont beaucoup moins, alors qu'elles pèsent souvent plus lourd et plus longtemps.

Les seuils0,5 g/L, ou 0,2 g/L en permis probatoire
La garantieDommages non couverts, victimes indemnisées
Le recoursL'assureur se retourne contre vous
Le fichageDeux ans après résiliation

1. Les seuils légaux

Deux seuils coexistent, et la confusion est fréquente.

0,5 gramme par litre de sang, soit 0,25 milligramme par litre d'air expiré, est le seuil général. Entre 0,5 et 0,8 g/L, il s'agit d'une contravention de quatrième classe : 135 € d'amende, six points retirés et une suspension de permis pouvant aller jusqu'à trois ans.

0,8 gramme par litre, soit 0,4 mg/L d'air expiré, fait basculer l'infraction en délit : jusqu'à 4 500 € d'amende, deux ans d'emprisonnement, six points et une suspension ou annulation du permis.

0,2 gramme par litre est le seuil applicable aux conducteurs en permis probatoire et aux conducteurs de transport en commun. Ce seuil est atteint dès le premier verre.

En cas de récidive dans les cinq ans, les peines sont aggravées et le véhicule peut être confisqué.

2. Ce que l'assurance couvre malgré tout

C'est le point le plus mal compris, et il faut le dire clairement : les victimes sont toujours indemnisées.

La garantie de responsabilité civile est d'ordre public. Un tiers blessé ou dont le véhicule est endommagé sera indemnisé par votre assureur, quelle que soit votre alcoolémie. Le droit français protège la victime avant l'assuré.

Mais cette indemnisation ne vous protège pas, vous.

3. Ce que l'assurance ne couvre pas

Les conditions générales de tous les contrats excluent les sinistres survenus sous l'emprise d'un état alcoolique. Concrètement, trois conséquences.

Vos propres dommages ne sont pas pris en charge. Même en formule tous risques, la réparation ou le remplacement de votre véhicule reste à votre charge intégrale.

Votre garantie du conducteur est déchue. Si vous êtes blessé, vos frais médicaux, votre perte de revenus et votre éventuelle invalidité ne sont pas indemnisés. C'est souvent le poste le plus lourd.

L'assureur exerce un recours contre vous. Après avoir indemnisé les victimes, il vous réclame le remboursement des sommes versées. Sur un accident corporel grave, l'addition dépasse fréquemment 500 000 €, et cette créance ne s'éteint pas avec le temps.

Une alcoolémie ne prive pas les victimes de leur indemnisation. Elle vous prive, vous, de toute protection — et vous rend débiteur de ce que l'assureur a versé.

4. La résiliation par l'assureur

Après une condamnation pour conduite en état alcoolique, l'assureur peut résilier le contrat. La plupart le font, dans un délai d'un mois à compter de la connaissance des faits.

La résiliation prend effet un mois après notification. Elle est ensuite inscrite au fichier de l'AGIRA pendant deux ans, avec son motif.

Ce motif pèse plus lourd qu'une résiliation pour impayé. Un assureur lit une résiliation pour alcoolémie comme un indicateur de comportement, et non comme une difficulté financière passagère.

5. Se réassurer après une alcoolémie

La situation n'est pas sans issue, mais elle demande de la méthode.

Déclarer, toujours

Le questionnaire de souscription demande explicitement si vous avez fait l'objet d'une suspension ou d'une annulation de permis, et pour quel motif. Mentir constitue une fausse déclaration intentionnelle.

L'article L. 113-8 du Code des assurances prévoit alors la nullité du contrat : primes acquises à l'assureur, aucune indemnité, et recours du Fonds de garantie contre vous en cas d'accident corporel.

L'assureur découvre la dissimulation à la première occasion, en consultant l'AGIRA ou en réclamant votre relevé d'information.

Les assureurs spécialisés

Des compagnies se positionnent sur les profils dits à risque aggravé. La surprime est réelle : comptez de 50 à 150 % selon l'ancienneté des faits, le taux relevé, l'existence d'un accident associé et votre historique.

Ces contrats sont rarement accessibles en souscription directe. Le passage par un courtier permet d'accéder à des compagnies qui ne travaillent qu'avec des intermédiaires.

Le Bureau central de tarification

En cas de refus généralisé, le BCT peut contraindre l'assureur de votre choix à vous couvrir, au minimum en responsabilité civile.

La procédure exige un refus écrit, une saisine dans les quinze jours et un dossier complet. Le BCT fixe la prime et ne peut imposer que la garantie obligatoire : vous serez assuré au tiers, sans dommages ni vol.

6. Le prix à payer, concrètement

Au-delà de l'amende et des points, l'effet financier se compte sur plusieurs années.

  • La surprime d'assurance, de 50 à 150 %, pendant deux à trois ans.
  • La réduction des garanties : la plupart des contrats proposés se limitent au tiers.
  • La franchise majorée, souvent doublée.
  • Le coût de la récupération du permis : visite médicale, tests psychotechniques, stage de sensibilisation, et le cas échéant repassage du code ou de l'examen complet.
  • L'éthylotest antidémarrage, imposé dans certains cas, à installer et entretenir à vos frais.

Additionnés, ces postes dépassent largement le montant de l'amende.

7. Le déroulement d'un contrôle et vos droits

Comprendre la procédure permet d'éviter des erreurs qui aggravent la situation.

Le dépistage

Le contrôle commence par un éthylotest, qui ne fait que révéler la présence d'alcool. Il ne vaut pas preuve. En cas de résultat positif, les forces de l'ordre procèdent à une vérification par éthylomètre ou par prise de sang.

Le refus de se soumettre au dépistage constitue un délit distinct, puni des mêmes peines qu'une alcoolémie délictuelle. Refuser ne protège de rien : c'est même la seule certitude d'être condamné.

La contre-expertise

Vous pouvez demander un second souffle sur l'éthylomètre, ou une analyse sanguine. Cette demande doit être formulée immédiatement. Elle est rarement inutile : les appareils ont une marge d'erreur, et l'écart peut faire basculer une infraction de délit en contravention.

Vérifiez également que l'éthylomètre utilisé porte une vignette de vérification annuelle en cours de validité. Un appareil non vérifié fragilise la procédure.

La rétention immédiate du permis

Les forces de l'ordre peuvent retenir votre permis pendant 72 heures. Le préfet décide ensuite d'une suspension administrative, qui peut atteindre six mois, voire un an en cas d'accident corporel.

Cette suspension administrative est indépendante de la décision du tribunal. Vous pouvez donc être suspendu avant tout jugement, et la suspension judiciaire s'y ajoutera ensuite, sans se cumuler intégralement.

Le délai pour prévenir l'assureur

Aucun texte n'impose de déclarer spontanément une suspension en cours de contrat. Mais le questionnaire de la prochaine échéance ou d'une nouvelle souscription vous le demandera, et l'omission serait alors une déclaration inexacte.

Le plus sûr est de prévenir votre assureur par écrit. Vous prenez le risque d'une résiliation, mais vous éliminez celui, bien plus lourd, d'une nullité de contrat au moment d'un sinistre.

8. L'éthylotest antidémarrage

Le juge peut interdire la conduite d'un véhicule non équipé d'un dispositif d'antidémarrage par éthylotest, pour une durée pouvant atteindre cinq ans. Cette mesure remplace parfois la suspension du permis.

Le dispositif est installé aux frais du conducteur, avec un coût d'installation et un abonnement de maintenance. Vous devez déclarer cette obligation à votre assureur : elle modifie le risque et son omission constitue une déclaration inexacte.

Certains assureurs voient ce dispositif d'un bon œil et modèrent leur surprime, la conduite sous alcool devenant matériellement impossible.

9. Reconstruire son dossier

Trois leviers réduisent la durée de la pénalité.

Le temps. Le fichage dure deux ans. Après cette période, les propositions se normalisent progressivement, sans redevenir immédiatement celles d'un profil vierge.

L'absence de nouveau sinistre. Un profil sanctionné mais sans sinistre ultérieur se replace bien plus vite. Chaque année sans incident compte.

La continuité d'assurance. Rester assuré sans interruption, même à un tarif élevé, vaut mieux qu'un trou dans le relevé d'information. Une période non assurée est interprétée au pire.

Pendant cette phase, adaptez le contrat : sur un véhicule dont la valeur est faible, une formule au tiers avec franchise élevée réduit fortement la cotisation.

10. Le cas de l'accident avec alcoolémie

C'est la situation la plus lourde, et elle mérite d'être détaillée poste par poste.

Les victimes sont intégralement indemnisées par votre assureur : dommages corporels, matériels, préjudices annexes. Aucune exclusion ne leur est opposable.

L'assureur exerce ensuite son recours contre vous, sur la totalité des sommes versées. Il s'agit d'une créance civile, recouvrable sur vos revenus et votre patrimoine, sans prescription courte.

Vos propres dommages restent à votre charge : véhicule, frais médicaux, perte de revenus.

Le tribunal peut prononcer une peine d'emprisonnement, particulièrement en cas de blessures involontaires. Les peines s'alourdissent avec la gravité des blessures et l'existence d'une récidive.

Votre coefficient bonus-malus est majoré de 25 % au titre du sinistre responsable, indépendamment de l'infraction.

Un accident corporel avec alcoolémie combine donc une sanction pénale, une dette civile potentiellement considérable et une exclusion du marché de l'assurance classique pendant deux ans.

11. Ce qu'il faut faire immédiatement après

Six réflexes, dans l'ordre.

  1. Ne reprenez pas le volant. Une seconde infraction en récidive change la nature des sanctions.
  2. Conservez tous les documents : procès-verbal, avis de rétention, notification de suspension.
  3. Consultez un avocat si l'infraction est délictuelle ou s'il y a eu accident. Les vices de procédure existent et se relèvent dans des délais courts.
  4. Prévenez votre assureur par écrit, et gardez la preuve de l'envoi.
  5. Anticipez la fin du contrat. Ne découvrez pas votre résiliation trois jours avant l'échéance : cherchez une solution dès la notification.
  6. Engagez les démarches médicales dès que possible. La visite médicale et les tests psychotechniques ont des délais d'attente qui allongent la période sans permis.

12. Questions fréquentes

Un contrôle positif sans accident affecte-t-il mon assurance ? Oui. Une suspension de permis doit être déclarée à l'assureur, qui peut résilier même en l'absence de sinistre.

Mon assureur peut-il refuser d'indemniser un passager ? Non. Les passagers sont des tiers et sont indemnisés au titre de la responsabilité civile, comme les autres victimes.

Suis-je couvert si un ami conduit mon véhicule en état d'ivresse ? Les victimes sont indemnisées, mais l'assureur exerce son recours contre le conducteur fautif. Vos propres dommages ne sont pas couverts, et votre contrat peut être résilié.

Le bonus-malus est-il affecté ? Une infraction seule ne modifie pas le coefficient. Un accident responsable associé, en revanche, le majore de 25 %.

Combien de temps l'infraction figure-t-elle à mon casier ? La contravention n'y figure pas. Le délit d'alcoolémie apparaît au bulletin numéro 2, ce qui peut avoir des conséquences professionnelles.

Un stage de sensibilisation efface-t-il l'infraction ? Il permet de récupérer jusqu'à quatre points, mais n'efface ni la condamnation, ni la suspension, ni le motif de résiliation.

13. Les équivalences et les idées fausses

Trois croyances persistent, et elles conduisent au contrôle positif.

« Un verre ne compte pas. » Un verre standard servi en établissement — 25 cl de bière à 5 degrés, 10 cl de vin à 12 degrés, 3 cl d'alcool fort à 40 degrés — contient environ 10 grammes d'alcool pur et fait monter l'alcoolémie d'environ 0,20 à 0,25 g/L. Deux verres suffisent donc à approcher le seuil de 0,5 g/L, et un seul verre dépasse le seuil de 0,2 g/L applicable en permis probatoire.

« Le café ou une douche font baisser le taux. » Rien n'accélère l'élimination, qui se fait au rythme d'environ 0,10 à 0,15 g/L par heure. Manger avant de boire ralentit l'absorption mais ne réduit pas la quantité absorbée.

« Après une nuit de sommeil, c'est bon. » Une alcoolémie de 1,5 g/L à minuit se situe encore autour de 0,6 g/L à huit heures du matin. Les contrôles du petit matin en révèlent régulièrement.

L'éthylotest personnel reste le seul moyen fiable de vérifier avant de prendre le volant. Il doit être en cours de validité : les modèles chimiques se périment.

14. Pour aller plus loin

L'assurance après une infraction relève du risque aggravé, un domaine où l'accompagnement d'un courtier change réellement la donne : les contrats concernés sont presque tous distribués par intermédiaire.

Nos guides voisins traitent de la suspension de permis, de l'annulation de permis, de la conduite après usage de stupéfiants et de la résiliation pour non-paiement.

Pour un accompagnement sur l'ensemble de vos contrats, le cabinet Assurétoile intervient sur toutes les branches, particuliers comme professionnels. Vous pouvez aussi obtenir plusieurs propositions via Mon Devis Assurance.

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